ric-Emmanuel Schmitt, chroniqueur de lhistoire humaine


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La Croix

Au pied des pyramides de Gizeh, Éric-Emmanuel Schmitt est comme figé. Dans son élégant costume bleu, il est ailleurs. Méditatif, il contemple la splendeur d’une civilisation perdue et profondément inscrite dans l’histoire humaine, cette époque égyptienne qu’il restitue dans son dernier livre.

Soleil sombre (1) est le troisième tome du grand chantier inauguré en 2021 avec Paradis perdus, qui évoquait le néolithique, puis La Porte du ciel s’ouvrant sur Babel et la Mésopotamie. Raconter l’histoire des hommes, des chasseurs-cueilleurs jusqu’aux révolutions contemporaines en huit tomes et quelque 5 000 pages, c’est le défi que l’écrivain s’est lancé avec cette saga de l’humanité. « J’en avais envie depuis longtemps », confie-t-il.

Créer des passerelles entre les époques

Dans cette épopée, le héros Noam est immortel. Traversant les époques, il raconte le monde. Dans l’épisode égyptien, qui paraît alors que nous célébrons le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes et le centenaire de la découverte du tombeau de ­Toutânkhamon, il fallait choisir un temps dans une histoire riche de 3 000 ans. Entre les pyramides de l’âge d’or et la Vallée des Rois, le romancier s’est arrêté en 1 600 av. J.-C. Parce qu’il ne reste rien, aujourd’hui, de Memphis, la première capitale.

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« Le roman, c’est le contraire de la ruine. Il fait revivre sous nos yeux ce qui a disparu. » Pour cela, il faut rassembler de quoi bâtir l’histoire : c’est la phase documentaire qu’Éric-Emmanuel Schmitt ne laisse à personne d’autre, tant il aime chercher, surfer, créer des passerelles entre les époques et les idées. De l’Égypte ancienne, il retient cette pensée où tout est lié, vie et mort, ici et au-delà, hommes et bêtes, féminin et masculin. Le normalien agrégé de philosophie n’est jamais loin du narrateur qui décrit le quotidien de l’existence, suit les embaumeurs, réinvente les décoctions qui soignent les corps et les âmes. « Si je n’avais pas écrit, j’aurais été médecin », confie ce bourreau de travail.

Un coureur de fond de l’écriture

Fils de deux sportifs – sa mère, Jeannine Trolliet, championne de France sur 120 mètres en 1945, son père, champion de France de boxe –, Éric-Emmanuel Schmitt est un coureur de fond de l’écriture. « Ce qui impressionne, c’est cette voracité littéraire qui lui a fait développer une œuvre totalement protéiforme », remarque Gilles Haeri, directeur général des éditions ­Albin Michel.

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Romans philosophiques, récits intimes, nouvelles, théâtre… Il peut être aussi sur scène pour jouer Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, en région ou au Rive-Gauche, théâtre parisien de 450 places dont il est propriétaire depuis une dizaine d’années. « Un rêve d’enfant », confie l’artiste à qui tout semble réussir.

Agenda de ministre des lettres

Au point d’agacer, parfois : c’est la rançon d’un succès qui ne se dément pas depuis le procès de Don Juan dans La Nuit de Valognes, une pièce écrite en 1991, et le grand succès du Visiteur (1993). En 2000, L’Évangile selon Pilate ouvre la voie au roman, tandis que Le Cycle de l’invisible – avec Oscar et la Dame Rose (2002) ou encore Le Sumo qui ne voulait pas grossir (2009) – aborde les grandes traditions religieuses sous forme de huit contes philosophiques. La biographie impressionne. L’ancien prof de lycée à Cherbourg est aujourd’hui un des auteurs francophones contemporains les plus lus et joués au monde…

Nez de boxeur et cheveux blanchis, l’homme à la voix posée ne se départit pas d’une présence affable. « Éric-Emmanuel est quelqu’un de profondément joyeux. Il est d’une parfaite courtoisie avec tous et d’un grand professionnalisme », poursuit Gilles Haeri. Membre de l’Académie Goncourt et condamné à lire des dizaines de livres toute l’année, croyez-vous que le scribe des temps ait encore quelque liberté ? Son agenda de ministre des lettres est géré à l’heure près, lui permettant d’ajouter encore récemment un pèlerinage en Terre sainte.

À la demande de Lorenzo Fazzini, directeur de la Librairie vaticane, ­Éric-Emmanuel Schmitt est en train d’écrire un Journal de pèlerinage à Jérusalem. Il a confié ses impressions au pape François qui l’a reçu lundi au Vatican.

« C’est un artiste très sensible »

Pour ce nouveau projet, Éric-Emmanuel Schmitt a pèleriné, mais aussi séjourné une semaine à l’École biblique, tout comme Régis Debray il y a une vingtaine d’années. « Éric-Emmanuel Schmitt a partagé notre quotidien, confie le frère Jean-Jacques Pérennès, directeur de l’école. C’est un artiste très sensible, il vibre au contexte, aux gens, aux lieux, et il est d’une extrême gentillesse. »

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