nergie, inflation, grogne sociale Les maires se prparent lhiver de tous les dangers


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La Croix

Harold Huwart, maire de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), vient de se voir notifier les tarifs d’électricité et de gaz qui changeront en janvier, le contrat de sa ville arrivant alors à échéance. « La facture énergie va tripler, passer de 700 000 € à 2,1 millions », calcule l’élu de cette cité de 30 000 habitants. Alors que s’ouvre, mardi 22 novembre, la grande rencontre annuelle des maires de France, les quelque 35 000 édiles ont rarement abordé l’hiver avec autant d’inquiétude.

Tous ne sont certes pas logés à la même enseigne. Les petites municipalités (moins de dix salariés et 2 millions d’euros de budget) sont toujours éligibles au tarif réglementé d’EDF et bénéficient donc du bouclier mis en place par l’État, qui limite cette année les hausses à 4 % et à 15 %, en principe, l’an prochain.

Mais pour les autres, la situation est bien pire. Jean-Pierre Bosino, maire de Montataire (Oise), a appris fin août qu’il passerait en janvier prochain de 96 € le mégawattheure (MWh) à 600 € ! L’élu communiste de cette ville pauvre de 13 000 habitants a aussitôt lancé une fronde – il a depuis été suivi par des dizaines de collègues – en annonçant qu’il ne paiera pas ses factures. « Le revenu annuel moyen, chez moi, est de 13 000 € et je me retrouve avec une facture qui bondit de 650 000 € à 2,5 millions », s’étrangle Jean-Pierre Bosino.

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Sa consœur Cécile Galien, maire Renaissance du village de Vorey-sur-Arzon (Haute-Loire), 1 500 habitants, a un peu plus de répit. Le contrat entre le fournisseur et le syndicat de communes dont elle fait partie court jusqu’à 2024. Mais sans redouter le grand saut, elle a tout de même vu sa facture augmenter de 50 % cette année et s’attend à la même chose l’an prochain. À la tête d’une bien plus grande cité, Metz, 100 000 âmes, le Mosellan François Grosdidier (LR) dit lui aussi constater que sa facture a doublé, passant de 6 à 12 millions d’euros.

Les illuminations de Noël remises en cause

Dans ce contexte exceptionnel, tous les édiles se sont préparés à la sobriété, sans attendre les déclarations estivales du chef de l’État. Certains avaient même largement anticipé. « Il y a sept ans, on avait décidé d’éteindre l’éclairage public entre minuit et 5 heures, pour une économie annuelle d’environ 15 000 € », témoigne Cécile Galien. Avec les 17 villages rattachés au bourg, ce ne sont pas moins de 550 ampoules qui vont s’éteindre cette année de 22 h 30 à 6 h.

Même solution à Nogent-le-Rotrou ou à Metz, à l’exception de l’hypercentre, des abords de la gare et quelques quartiers sensibles, pour des raisons de sécurité. Élu depuis 2020, François Grosdidier regrette que ses prédécesseurs n’aient pas fait le choix de remplacer les ampoules par des led, beaucoup moins énergivores. « On va le faire mais ça prendra du temps. »

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Le chauffage est naturellement l’autre source d’économies vers laquelle se tournent tous les élus. « Je reçois le matin dans mon bureau à 13° », assure Harold Huwart. L’élu envisage de fermer l’une de ses deux salles de spectacle, de réorganiser ses services en regroupant certains bureaux grâce la mise en place du télétravail.

L’homme se dit « rationnel, méthodique » et exclut catégoriquement toute mesure symbolique comme la suppression des illuminations de Noël dans les rues commerçantes. « Cette période représente 30 % du chiffre d’affaires pour les commerçants. La situation est difficile et on ne ferait que l’aggraver en dissuadant les gens de faire leurs courses. »

Si chacun a sa solution, cette sobriété auto-imposée trouve toutefois vite ses limites. L’Auvergnate Cécile Galien ne touchera pas au budget d’aide à l’enfance, soit 950 € par an et par jeune. « Après deux années marquées par la crise Covid et le confinement, ils ont enfin droit à des voyages scolaires », dit l’élue.

Pas question non plus de reporter les hausses des prix alimentaires sur les familles. « On a une cantinière qui cuisine des produits frais et locaux. On va se débrouiller », assure l’élue. Les parents des 1 700 élèves (sur 1 900) qui mangent dans les cantines de Montataire ne subiront qu’une légère augmentation des tarifs : 3 %, alors que le surcoût des repas est évalué à 20 % par le maire.

« Les 12 % d’écart, c’est nous qui les assumons en jonglant avec les effectifs, en ne remplaçant pas un membre du personnel malade » explique Jean-Pierre Bosino qui ne cache pas sa colère. « Qu’est-ce que représentent ces quelques économies par rapport aux deux millions de hausse de ma facture énergie que rien ne justifie si ce n’est la spéculation ? La seule solution, c’est le retour au marché régulé dont on n’aurait jamais dû sortir », tempête-t-il.

Tous les élus dans le flou

D’un autre bord politique, François Grosdidier dénonce lui aussi la logique du rabotage des dépenses. « Depuis la baisse des dotations de l’État sous le quinquennat Hollande, on a déjà coupé dans tous les frais de fonctionnement. On croit que les métropoles sont riches mais elles concentrent des populations précaires et on ne peut pas faire reposer tout l’effort sur elles. »

Alors que la loi de finances 2023 adoptée en première lecture à l’Assemblée arrive en discussion au Sénat, les maires attendent avec fébrilité le sort final des divers dispositifs de soutien de l’État aux collectivités (lire ci-dessous).

Pour l’heure, tous les élus disent être dans le flou. En temps normal, ils présentent leur budget en début d’année pour un vote au printemps. Cette fois-ci, ils affirment qu’ils seront dans l’incapacité d’avancer à ce rythme et envisagent déjà de reporter les dépenses d’investissement. « Je n’ai aucune visibilité pour faire mon budget mais j’envisage déjà de repousser la réfection du toit de l’église », témoigne Harold Huwart.

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