Clint Eastwood, la dernire lgende , sur Arte : un cinaste grand comme son pays


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Le Monde

Clint Eastwood dans « Magnum Force » (1973). Clint Eastwood dans « Magnum Force » (1973). Clint Eastwood dans « Magnum Force » (1973).

AGAT FILMS/ARTE

ARTE – DIMANCHE 20 NOVEMBRE À 22 H 45 –DOCUMENTAIRE

S’il existait une version hollywoodienne du mont Rushmore, Clint Eastwood y trouverait d’office sa place, entre John Wayne et Gary Cooper. La beauté minérale de son visage et la simplicité élégante de sa haute silhouette ont fait de lui une icône, au sens strict du terme, une représentation stylisée faite pour célébrer un culte, en l’occurrence celui de la masculinité américaine.

Le premier mérite du très riche (et pourtant trop bref) film de Clélia Cohen est de restituer à Clint Eastwood son infinie complexité : celle d’une star de la télévision (grâce à la série Rawhide) devenu l’un des hérauts de la résurrection du cinéma, derrière et devant la caméra ; celle d’un modèle de virilité qui a construit de grands films (Sur la route de Madison, Million Dollar Baby, L’Echange) autour de sublimes figures féminines ; et, enfin, celui d’un réactionnaire éternellement attiré par le mythe des pionniers capables de sentir et de mettre en scène les ravages de la violence dans la société américaine et d’en célébrer la diversité.

Contradictions insurmontables

Il faut ajouter à cette richesse thématique la sinuosité d’un parcours dont chaque détour est inattendu. Puissant dans de riches archives (dont une émission de la BBC réalisée dans les années 1970, une édition de l’« Actor’s Studio », de James Lipton, et un entretien avec le critique Gene Siskel), Clélia Cohen détaille d’abord les étapes qui ont conduit Eastwood jusqu’au panthéon des auteurs de cinéma.

Son enfance dans une Californie bouleversée par la Grande Dépression (il est né en 1930), ses débuts à Hollywood, aspirant jeune premier sous contrat avec Universal, sa longue servitude sur les plateaux de Rawhide, son exil presque accidentel en Europe, où il réinvente le héros de western sous la direction de Sergio Leone, son retour aux Etats-Unis en Dirty Harry : ces éléments disparates s’agencent, sinon harmonieusement, du moins logiquement.

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Restent des contradictions insurmontables, qui nourrissent La Dernière Légende de bout en bout. La célébration de la violence de L’Inspecteur Harry (1971) a engendré l’élégie humaniste de Gran Torino (2008). La réplique aux relents racistes adressée à Sacheen Littlefeather, venue défendre la cause amérindienne lors des Oscars de 1973 (« je devrais présenter cet Oscar au nom de tous les cowboys abattus dans les films de John Ford »), a été prononcée par l’auteur d’une célébration de la création afro-américaine, Bird (1988), biographie de Charlie Parker. Le chantre de l’intervention américaine à la Grenade (Le Maître de guerre, 1986) a démonté le mécanisme de la célébration militariste dans Mémoire de nos pères (2006), construit autour de la fameuse image des marines américains hissant le drapeau américain sur l’île d’Iwo Jima.

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Clélia Cohen prend aussi le temps de retracer le parcours d’Eastwood dans la géographie cinéphile. La critique Pauline Kael détaille avec une allègre cruauté l’absolue détestation que lui inspire Eastwood, l’acteur et le cinéaste, avant qu’Orson Welles en fasse l’éloge en des termes aussi simples qu’éclairants.

Il aurait fallu quelques heures de plus pour entrer plus avant dans d’autres régions de ce cinéaste presque aussi grand que son pays : sa méthode de réalisateur est évoquée à travers un extrait fascinant d’un documentaire tourné sur le plateau de Bird, sa relation aux acteurs est à peine effleurée, le temps d’une intervention de Meryl Streep. Il ne reste plus qu’à reprendre sa filmographie, d’Un frisson dans la nuit à Cry Macho.

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